26 mars 2020

Le pont doré de nos regards



Je me souviens précisément du moment où j’ai su que j’étais foutue. 
Au milieu de la tiédeur des autres, deux petites lanternes qui avaient l’air de se connaitre depuis toujours. Et puis, blotti entre deux éclats de bonheur, un petit silence. Nous nous sommes souri et au fond de tes yeux, j’ai entendu ce que j’attendais sans le savoir. Le discret petit « clic », qui a accroché nos âmes. Avec ravissement, j’ai compris que c’était trop tard, qu’entre nous il y avait le pont, le pont doré de nos regards. Le pont doré vers l’autre qui est toi. 
C’est si délicieusement effrayant. Nos pensées qui s’emboitent les unes après les autres, et leurs coïncidences étourdissantes. Tes mots qui sonnent toujours juste dans mon esprit. Do mi sol, l’accord parfait.
Je ne sais toujours pas de quoi est fait le pont doré de nos regards, je ne sais même pas s’il est apparu ou s’il est là depuis toujours et que nous l’avons seulement découvert. Peu importe. Danser sur ce pont est déjà tellement étrange que la plupart du temps, je ne peux pas y croire. 
Comment y croire ? Comment est-ce possible de résonner autant avec quelqu’un d’autre ? Comment est-ce possible que de tes lèvres sortent toujours ce que je m’apprêtais à dire ? Comment je fais pour savoir ce que tu ne me dis pas ? 
Comment as-tu pu devenir important, fondateur, du jour au lendemain ? 
Avant de te rencontrer, je ne croyais en rien si ce n’est en moi-même. Je pensais que nous étions tous maîtres de nos vies, que le destin n’était qu’une invention pour rassurer ceux qui sont perdus. Aujourd’hui, je suis perdue et je commence à croire au destin, mais je ne peux m’empêcher de me demander pourquoi.  
Pourquoi toi ? Quand on compare nos vies, elles n’avaient presque rien en commun avant notre rencontre. Pourquoi est-ce chez toi qu’il y a moi ? Pourquoi nous deux, sans logique apparente ?
Quels rôles sommes-nous censés jouer, bordel ?
Peut-être que tu es ma muse. C’est vrai que je pourrais écrire des heures sur ton aura et sur qui tu es, tout là-bas, au-delà des paillettes taquines qui brillent entre tes cils.
Peut-être que tu es un frère étoilé. Que nous marchions sur le pont doré, en effleurant les autres, sans savoir que nous voulions nous retrouver. 
Peut-être que tu es ma confrontation au monde, l’ultime confrontation de mes phrases face au reste : l’écriture de ce que je ne saisis pas. 
Peut-être que tu es le pied de nez du destin face à mon arrogance ; sa manière de me rappeler que je ne suis qu’un pantin heureux de t’avoir avec moi, sans l’avoir décidé un instant. 
Peut-être que tu es l’amour. 
Longtemps, j’ai repensé aux Anciens et à leur besoin d’expliquer ce pont doré, qui assemble, selon eux, les deux moitiés du même cercle. Pour désigner notre entité, on utilisait alors le mode du duel ; toi et moi ensemble, mélangés. Impossible de savoir ou l’un commence et l’autre finit ; ce qui est nécessaire est d’exprimer le cercle, la continuité que nous formons. Nous sommes deux corps et nous ne formons qu’un, car au sein de notre cercle, notre matérialité disparaît ; le cercle se compose de ce qui subsiste lorsque le reste s’envole. L’infinité de l’âme et de ses émotions. 
Parfois, je sens le cercle qui l’emporte dans mon cœur, et quand je te vois dans la lumière dorée sur les ponts de Paris, je me dis que tout cela n’a pas d’importance. Qu’importe de savoir s’il s’agit d’’amour, du cercle, d’art ou tout simplement de la grande folie de mon humanité ? Nous sommes-là, sur le pont doré de nos regards. Et peu à peu, j’apprends à accepter ma condition de marionnette de l’existence lorsque je lis mon sourire sur ton visage. 
Puis tu vas rejoindre d’autres, et loin de notre pont, je regarde son éclat d’or. Alors, je gagne sur le destin, et notre question refait surface, parce que je suis condamnée, comme une Ancienne, à vouloir t’éclairer. 

Nous sommes l’un pour l’autre. Mais qui sommes-nous ?










11 nov. 2019

Prendre le pouvoir



Il y a deux semaines, la lame a rencontré mes boucles pour y tailler des nuages.

Depuis deux semaines, je suis très laide et inspirante, magnifique et complètement inconsciente. 
Depuis deux semaines, les gens s’interrogent et cherchent à comprendre sans jamais y parvenir. 
Depuis deux semaines, je ne rentre plus dans aucune case. 

Il y a deux semaines, j’ai pris le pouvoir. 

C’était si simple. Acheter la tondeuse, l’allumer et caresser ma tête, laisser les doux cheveux cascader sur ma peau avant qu’ils ne se posent sur le sol. Rire avec Maëlys, rire avec ses paumes qui cueillent l’éphémère. 
Langoureuse et allégresse, l’action n’était rien. Se raser le crâne quand on est une femme, c’est facile. Le décider ne l’est pas. 

Ce ne sont que quelques mèches mais c’est tout un symbole; en société, jouer avec son extérieur n’est jamais anodin. Et de nos jours, toucher à soi-même ne se décide qu’à partir d’un seul critère, imposant, exclusif. Il suffit d’écouter les tambourinements de mon coeur avant la décision pour entendre lequel. 

« Vais-je pouvoir m’habiller comme avant, me maquiller comme avant ? Repousseront-ils comme avant ? Mon crâne a peut-être des bosses. Vais-je être belle ? Vais-je être belle ? »

Planté profondément en chacun de nous, l’esthétisme. Peu importe sa forme, il était là et il décidait pour moi, même quand ça n’était pas de son ressort : au départ, ma décision n’avait rien à voir avec une volonté esthétique quelconque. Pour mes 18 ans, je voulais que ma meilleure amie d’enfance récolte mon passé de ses mains pour laisser de nouvelles boucles fleurir tout là-haut. Je voulais me raser le crâne pour laisser derrière moi, avec amour et sans regret, une petite offrande. 
Pourtant, si ma décision jouait au funambule, c’était bien à cause du critère esthétique devenu trop important. La beauté enchaînait ma liberté, et je déteste ne pas pouvoir faire ce que je veux. Alors, j’ai décidé de faire quelque chose d’important pour moi sans y inviter quelqu’un d’autre, à part ma soeur de coeur. Sans y inviter la société.

J’ai décidé, pour la première fois, que ce que je voulais était plus important que son esthétisme. Et j’ai pris le pouvoir. 
Voilà le paradoxe : c’est quelque-chose qui n’avait rien à voir avec ma volonté de me raser le crâne au départ qui a fait devenir mon choix si puissant.

Être devant le miroir signifiait autre chose. Durant la phase d’acceptation, j’ai vécu une des sensations les plus violentes de mon existence; loin de moi-même, je ne regardais plus la longueur de mes cils, la ligne de mon nez, le grain de beauté sur ma paupière. Quand vous n’êtes pas habitué à ce que vous voyez dans le reflet, vous regardez vraiment, vous regardez ce qui compte. 
Les yeux immenses qui dévoraient mon visage, les volutes de fascination et de frayeur de mes prunelles. Vous plongez à l’intérieur et vous regardez votre âme, parce que c’est ce qui reste quand l’image se brouille et n’est plus tout à fait la même. 

Et la petite offrande est devenue cadeau de vie. Pour mes 18 ans, j’ai décidé d’avoir la force de me confronter à moi-même, d’envisager mon corps autrement que par ses formes et sa matérialité. 
Je m’aimais déjà avant, avec toutes mes imperfections. Mais je m’aimais telle que je me voyais. 

A présent, je m’aime telle que je suis. 

Le temps passe. Les effets s’estompent, je me reconnais à nouveau dans la glace et j’aime ce que j’y vois. L’esthétisme reprend peu à peu le dessus; ce n’est pas un problème. J’aime être la plus harmonieuse possible, je n’ai jamais cherché à le nier. Je voulais seulement, une fois dans ma vie, chercher à dépasser cela en me servant de mon image autrement que pour me plaire. Pour cela, j’avais besoin de la perte temporaire de ma chevelure adorée, dont je chéris à présent la renaissance, pour elle-même et tout ce qu’elle signifie. Sans doute que ce n’est pas votre cas, mais rien n’empêche de vous livrer tout de même à l’exercice. 

Mettez-vous face au miroir et demandez-vous qui vous êtes sans cheveux, sans ce que vous envoyez au monde, puis regardez les deux petites gouttes sombres au fond de vos iris. 


Le pouvoir y baigne. Saisissez-le.











20 juil. 2019

Perpétuelles




Perpétuelles




Je veux écrire au pluriel.

« NOUS, pronom personnel du pluriel des deux genres : Représente le locuteur et une ou plusieurs autres personnes constituant avec lui un groupe. »

C’est étrange comme le sens des mots change avec l’expérience; comme « nous » résonne si différemment en moi que cette définition du Larousse. « nous » ne désigne pas un groupe, mais une entité, plurielle. Cet article ne parle pas de C, A, M et L, parce qu’il serait absurde d’individualiser ce qui nous lie. Cet article ne parle pas d’une alliance, il raconte une union. 
C’est ici que se trouve la difficulté. Comment écrire sur nous alors que je n’en suis qu’un fragment ? Comment décrire l’univers lorsque l’on n’est qu’une étoile ? Je savais qu’atteindre ce que nous sommes me serait impossible. Ma cosmographie ne sera jamais parfaite, et malgré mon obstination à vouloir nous offrir notre transcription exacte, je me décide aujourd’hui à me confronter à la blancheur d’une page vierge.
Ce qui me pousse à nous traduire en deux dimensions, ce n’est pas un coup de génie qui me permettrait soudain de nous expliquer complètement. Si j’essaye aujourd’hui, c’est parce que je le dois. 

Impossible de nous faire commencer au commencement. Personne ne sait comment apparaissent les univers, et le nôtre ne fait pas exception. La simple réunion de C, A, M et L ne signifie rien; le secret des univers réside dans leur perpétuelle naissance. Nos émotions, pensées, souvenirs, nous créent à chaque instant, et éclaboussent de vie notre infinité. L’énergie s’échange entre les « je » de C, A, M et L, et repousse toujours la supposée limite de la nébuleuse mémorielle que nous avons construites de nos propres mains, et que je ne peux cesser de contempler, béate, devant tant de complexité, tant de richesse, devant notre transcendance. 

C’est cette béatitude, entre-autres, qui guide mes doigts aujourd’hui. C’est le respect profond envers notre petit univers, la gratitude tremblante d’y être une étoile, qui m’obligent à nous dédier cet article.  Mais je sais depuis notre big bang que je veux essayer de nous écrire, et si j’ai enfoui les mots jusqu’à maintenant, c’est parce que je voulais aussi qu’ils viennent étreindre l’appréhension qui grandit chez C, A, M et L alors que le temps qu’il leur reste rétrécit. Les temps qui nous ont vu naître s’étiolent, mais elles ne doivent pas oublier ce qu’elles sont, ce pourquoi je ne doute jamais de nous.

J’ai dit que les temps de notre naissance se terminaient, mais là est notre merveille : dans l’univers, le temps et l’espace ne signifient rien.
Nous serons toujours quatre petites étoiles dans un cosmos d’instants. Nos « je » s’éloigneront peut-être, ou peut-être pas, selon les chemins de de C, A, M et L. Mais ce que nous sommes, ensemble, ne peut s’effacer. C’est pour cela que ma reconnaissance de vous avoir rencontré est totale; les temps nous ont permis de nous créer, et m’ont offert la chance de devenir une étoile pour l’éternité. 
En plus d’être totale, ma gratitude est donc sereine : nous existons, et nous n’avons pas besoin de faire plus. Je ferai tout pour conserver l’amour qui me lie à vous, et peut-être que ce ne sera pas suffisant. 
Mais le joyau d’infinité dont je fait partie ne se brisera jamais…

C, A, M : il n’y a aucune raison d’être triste. Nous ne pouvons pas mourir. 
Merci de nous avoir rendues infinies.
Plurielles.
Perpétuelles. 











8 janv. 2019

Complexe et harmonieuse

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16h25
Lycée.

Ballotée doucement par le remous des conversations autour de moi, je marche, guidée par mon esprit qui m'attend déjà dans la prochaine salle de classe. Complètement déconnectée, j'attends juste d'être arrivée à bon port pour ré-allumer l'extérieur. Pour l'instant, objectif : salle 228.
Quelques voix plus familières que les autres se pressent à l'orée de mon crâne, sans parvenir à y pénétrer. Je hoche la tête, un son vaguement affirmatif sort de ma gorge. Je m'excuse silencieusement d'être aussi inattentive, mais je veux rester débranchée quelques secondes encore.

Dans l'obscurité de mon cerveau, mes pensées prennent une grande inspiration, pour rester silencieuses 50 minutes de plus.

[Je passe la porte 228, je débouche mentalement mes oreilles, j'ouvre ma fenêtre. La lumière des néons me parvient, aussi laide que jamais, la phrase que finit la personne la plus proche de moi remonte à la surface. Je souris et me jette dans le bruit avant qu'une autorité quelconque vienne nous sermonner. Mes pensées tiendront en apnée une heure encore, et mes notes seront prises impeccablement sur le papier immaculé.]

Dans l'obscurité de mon cerveau, mes pensées prennent une grande inspiration, pour rester silencieuses 50 minutes de plus.
Que l'on est bien, ici, dans le noi...
Qu..?
Son rire troue mon rideau mental, une vague de lumière blanche remue mon esprit. Immédiatement, j'ouvre immensément la fenêtre, fascinée, presque apeurée. Lorsque je vois ce qui a brisé ma concentration, une pointe de contrariété me pique doucement. Comment peut-elle encore me surprendre ?
Contrariée, mais pas déçue. Tomber sur elle au hasard des couloirs m'amène toujours à me poser les mêmes questions, sans que jamais je ne me lasse, sans que jamais le rideau noir de mon esprit tienne. "Qu'est-ce qui la distingue du reste ?" "Pourquoi m'intrigue-t-elle autant ?"
Et toujours, mes pensées, totalement réveillées par la lumière qui déchire le rideau, me fournissent les mêmes réponses.
D'abord, ce n'est pas de l'amour. C'est ce qui me vient à l'esprit en premier. Serais-je...? Non. Il suffit que j'imagine d'autres choses pour que cela ne fasse aucun doute.
Il y a bien une attirance, cependant. Lorsque je la croise, tout se stoppe et je suis éjectée de moi-même pour me brûler dans sa lumière. En continuant mes pas, je l'observe de plus près une énième fois, détaillant son profil plongé dans une vive conversation avec ses voisins.
Lorsque l'on fait du cas par cas, on ne distingue rien de particulier. Ses traits sont réguliers, mais pas particulièrement élégants; sa silhouette est harmonieuse sans arborer les courbes inatteignables des déesses étalées sur les panneaux publicitaires. Pourtant, il suffit de s'écarter un peu pour remarquer qu'elle est spéciale.
En relief par rapport au reste.
Son apparence, sans doute, la pousse devant les autres. Son style vestimentaire est unique. Pas particulièrement coloré, pas particulièrement sombre, pas garçon manqué ou petite femme, juste elle. Juste unique, avec des pièces introuvables que l'on imagine jamais sans son corps pour leur donner forme. Elle ne s'habille pas; ses vêtements l'habillent.
Ses cheveux crient sa personnalité. Ils sont extrêmement courts, pas plus d'un centimètre, et ils semblent nous narguer toutes. Elle reste si belle, plus féminine que la plupart d'entre nous sans doute, en ayant supprimé cet accessoire qui nous paraissait pourtant indispensable. Elle a cassé la règle, se révoltant silencieusement sans agresser personne, en nous montrant qu'elle porte ce qui lui va, peu importe ce qui est permis. Et que c'est magnifique.
Je continue à l'observer. Ses yeux, marrons, pourtant si communs qui vous donnent le monde dès qu'ils se fixent sur vous, brillant d'une lueur inhabituelle - malice, profonde intelligence, rire aussi, comme si elle était la seule à percevoir la vérité, parfois absurde, burlesque, pour son esprit trop vif. Sa peau veloutée, sortant d'une photo en argentique, et ses mains voletant autour d'elle, captant votre attention déjà conquise pour vous amener jusqu'à son sourire délicat.
J'ai parfois l'impression de ne pas être la seule à être absorbée par la lumière qu'elle émet; en vérité, je pense que chacun d'entre nous se questionne en la voyant, se posant les mêmes questions que moi, sans peut-être arriver à y apporter une réponse.
Il y a cependant une certitude que nous partageons tous. Ce sont ces détails, parmi une foule d'autres choses, qui lui apportent cette aura si particulière; c'est sa différence qui fait sonner sa voix différemment parmi le magma des conversations adolescentes. "Cultivons nos différences", combien de fois chacun d'entre nous a entendu cette affirmation sans y croire, et se retrouve à présent devant elle, qui justifie de tout son être la phrase habituellement vide. Elle semble plus unique que nous, plus belle, intelligente, plus.
Elle est plus.
Au milieu des notes, elle est l'arpège, surprenant de singularité et de perfection. Composée des mêmes choses.
Mais complexe et harmonieuse.



5 déc. 2018

Mouillons-nous un peu

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      C'est amusant comme il est facile d'épancher ses larmes par écrit, d'anesthésier ce qui blesse en traçant quelques traits au stylo bic au coin d'une feuille chiffonnée. Écrire les gerçures de son âme pourrait sembler le plus compliqué, et pourtant... Rien n'inspire plus que le chagrin. Il n'y a qu'à voir les grands classiques de la littérature. C'est horrible à dire, mais que serait Victor Hugo sans "demain dès l'aube" et "les Misérables" ? Lorsque je vois la propension d'auteurs qui ont passé leur vie à crier leur désespoir, je m'interroge toujours sur ce que cela peut signifier. Les Hommes sont-ils, comme certains le prétendent, des éternels pessimistes observant toujours le mauvais côté ? Ou bien les moments lumineux qui ponctuent notre existence sont-ils si fragiles, que même nos mots risqueraient d'en altérer la beauté ?
Je dois dire que je penche plutôt vers la deuxième explication. Si mes doigts ont longtemps hésité avant d'écrire cet article, c'est sans doute parce que ce que je veux vous révéler aujourd'hui est si délicat, qu'il me faut prendre mille précautions afin d'en traduire tout le raffinement. Mais l'occasion offerte par mon amie du blog Béluzece était si parfaite, qu'il était temps de parler de Chantons sous la pluie.
Je ris toute seule en écrivant, car moi non plus, je ne comprends pas comment cette vieille comédie musicale arrive à sonner aussi juste.  De vieux morceaux, des canons de beauté d'un autre temps et des effets trop travaillés... Comment cet ensemble décousu arrive à former quelque-chose d'aussi authentique ?
A force de me laisser happer par le son des claquettes de Gene Kelly, je commence à me faire ma petite idée sur la question.

Même après un certain nombre de visionnages, malgré le fait incontestable que j'adorais ce film, je n'arrivais pas, dans un premier temps, à comprendre comment un truc des années 50 aussi kitsh au premier abord est devenu un classique de la comédie musicale, un classique du cinéma tout court. Et c'est cela qui me fascine. La magie opère sous mes yeux à mesure que les minutes s'égrennent, que les chansons passent; et lorsque le générique finit par apparaître et que je reviens à la réalité, je souris, toujours, sans savoir pourquoi. Je le regarde alors à nouveau; qu'est-ce qui rend ce film si unique, bon sang ?
Peut-être que le voilà, le problème; Chantons sous la pluie n'est pas un film qui se voit. Si vous regardez, si vous analyser plan par plan chaque scène, vous trouverez sans doute des trésors de réalisation, mais vous n'éteindrez pas la télévision en souriant.
Chantons sous la pluie est un film qui se ressent. Regardez-le, écoutez-le, laissez-le vous toucher, sans préjugés, malgré le fait qu'il soit d'une autre époque, avec d'autres normes que les nôtres. Acceptez que les costumes soient trop colorés, les gens trop enthousiastes, le coucher de soleil trop rose. Car derrière tous ces artifices se cache une émotion qui, elle, n'a pas vieilli : le bonheur simple de l'instant présent.

"I'm singin' in the rain
Just singin' in the rain
What a glorious feeling
I'm happy again.
I'm laughing at clouds
So dark up above
'Cause the sun's in my heart
And i'm ready for love"

Finalement, pourquoi ai-je cherché si longtemps ?  Toute l'essence du film est résumée dans ces quelques petits mots... Mais il faut dire que la nuance est minuscule. Don ne dit pas qu'il chante, et qu'il est heureux, malgré la pluie. Il dit au contraire qu'il est heureux et qu'il chante sous la pluie. La pluie fait partie de l'instant, et l'instant est parfait. Tout est bien. 
Voilà ce que ce film a réussi à cristalliser. Ce moment que nous avons tous vécu, où notre esprit prend brusquement, sans raison, du recul sur ce que nous sommes en train de vivre à un instant T et où on se dit "Tout va bien", dans le sens le plus strict du terme. Tout est en ordre, à sa place le temps de quelques secondes, dans le chaos inconstant du monde. C'est ce que Don nous chante, et tout le numéro sous la pluie ne traduit que cela. S'il se trempe autant de l'eau des gouttières, n'est-ce pas, symboliquement, pour mieux s'imprégner de cet instant où il réalise combien il est heureux ? Il sait que cet état est passager, et il veut en tirer tout ce qu'il a de plus beau. 
La voilà, la morale de ce film. Lorsque vous vivez l'un de ces rares instants où votre vie se suspend, où vous réalisez à quel point votre bonheur est grand, soyez reconnaissants. Vivez-le pleinement.
Et alors, tout se met en place. Les couleurs vives, les grands sourires, les danses impeccables. Tout est parfait, dans chaque scène, car c'est comme cela que nous apparaît la vie lors de ces moments de plénitude. Le film ne fait que maintenir cet état, habituellement trop court, tout le long de l'histoire. Et c'est le bonheur sans prétention, celui de la vie de tous les jours, qui se dégage de ces 103 petites minutes, qui vous fait sourire à la fin du générique; vous êtes prêts à être heureux. 

Les oeuvres comme Chantons Sous La Pluie, celles qui réussissent, sans tomber dans le ridicule, à exprimer autre chose que du tragique, sont rares. 
Chérissez-les. 
Et surtout, n'oubliez jamais : 
Chantez sous la pluie...


2 sept. 2018

Pari réussi

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 Glissant vitesse grand V sur l’écran lisse de mon téléphone, mon doigt s’est stoppé tout d’un coup, et mes yeux l’ont reconnu.
C’était bien lui, tant d’années après, quelques cheveux en moins et la barbe en plus. Changé, mais peut-être toujours le même ? Il suffisait de voir pour vérifier… J’ai cliqué sur la vidéo. 
Que c'était étrange de retrouver sa voix, ses intonations, comme goûter un petit bout d'enfance. Dommage que Fred ne soit pas avec lui, comme au bon vieux temps. 
 Voyez, ils nous ont tellement marqué que vous savez déjà de qui je parle. Fred et Jamy, Sabine, Marcel, la petite voix, le camion rutilant et la guitare électrique du générique ne font qu'un finalement, et retomber sur Jamy, je n'ai pas honte de le dire, c'était merveilleux ! 
Il intervenait dans un TED Talk, un de ces "discours", toujours filmés, devant un petit public, d'une personne reconnue dans son domaine et qui explique la clé de son succès, sa passion, etc. La vidéo de Jamy était intitulée "Le passeur de savoir", et je l'ai trouvé si belle, avec un si beau message, qu'elle m'a donnée envie d'en faire un article. 
Et puis, à quelques heures de la rentrée, faire une vidéo sur le savoir, ça tombait beaucoup trop bien pour que j'y reste insensible.

Je sais que j'ai l'air un peu trop enthousiaste à propos de C'est pas Sorcier, et en fait, j'ai l'impression que c'est là le problème. J'ai l'impression que rendre hommage aux gens qui ont fait votre quotidien, que vous avez aimé, mais qui ne sont pas des génies couronnés de prix rutilants ou des artistes incompris, ça ne se fait pas. 
Et pourtant, ils ont fait tellement. 
Les connaissances des génies, les œuvres des artistes, sont des travaux d'une valeur inestimable. Mais si personne ne les comprend, ne les utilise, ne se les approprie en somme, gardent-elles toujours cette même valeur ? Personne ne comprenait le travail de Mozart, et il a fini pauvre et malheureux.
D'où l'importance de gens comme Jamy : ceux qui éduquent, qui transmettent, qui aident vos yeux à s'ouvrir aux découvertes. Des passeurs de savoir. 
Jamy n'était qu'un journaliste, il le dit lui-même. Savant de rien, curieux de tout, aimant la science et la culture en général. Avec Fred et tous les autres, ils ont révolutionné les émissions scientifiques à la télévision, ils ont donné, généreusement, et avec pédagogie, à plusieurs générations d'enfants, de jeunes, d'adultes même, mais surtout d'enfants.
Je me souviens qu'à l'époque, tout me semblait à la fois magique et extrêmement simple. Les maquettes de Jamy étaient magiques, mais expliquaient pourtant des phénomènes d'une logique implacable qui, à Fred et à nous, restaient mystérieux sans lui. C'était mes dimanche matins devant la télé, et le bonheur quand la maîtresse disait "je vais vous mettre un C'est pas Sorcier".  J'adorais ça, cette autre manière d'apprendre. 
Le rôle de Jamy, de cette émission, n'est pas le plus ambitieux, n'est pas le plus rutilant. Passer le savoir peut s'avérer assez ingrat, et il me semblait normal, dans l'ordre des choses, de pouvoir leur dire merci un jour. 
A toute l'équipe de C'est pas Sorcier : merci. 
Merci d'avoir fait ce pari un peu fou, de dire que oui, tout le monde pouvait comprendre et s'intéresser à la science, à la découverte, à l'histoire. Merci d'avoir éveiller les esprits, parfois endormis par des cours trop théoriques ou par des spécialistes compliqués, il est vrai. Je n'ai pas peur de penser que sans vous, je ne serais sans doute pas exactement la même aujourd'hui. Sans doute pas bien différente, mais sans le klaxon de votre camion, mes oreilles auraient-elles été autant curieuses de tout ? Rien n'est moins sûr. 
Je sais que ce soir, je ne parle pas pour moi seule. Je sais que nous sommes des centaines, peut-être des milliers, à avoir accueilli avec joie ce savoir distribué sur France 3 avec tant de confiance en nous. Vous êtes inscrits dans la mémoire de tant d'élèves, que même si le changement opéré en eux a été infime, votre impact a été réel. Merci pour ça.
Je sais que ce soir, je peux vous dire avec certitude que ce pari fou, aveugle et même courageux, a payé. Je sais ce que soir, je peux vous dire :

Pari réussi.




la vidéo de Jamy : https://www.youtube.com/watch?v=G4g9yRDbdq0

18 mars 2018

Jaunes et Violettes

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Devant son ordinateur, en train de taper ces quelques-mots, la scène lui semble encore irréelle. Cela fait à présent une semaine qu'elle est revenue, et elle a toujours l'impression de flotter. 
Les quelques jours depuis son arrivée sonnent faux. Tout sonne faux, et elle se sent effleurée par ce qui l'entoure, sans que rien ne la frappe réellement, sans qu'elle soit vraiment ancrée dans le fleuve du quotidien. Tout semble d'une étrange normalité. 
Dès qu'elle ferme les yeux, elle ne cesse de repenser à tout ce qu'elle a vécu en trois semaines. Trois semaines loin de tout, loin de sa famille, loin de tout ce qu'il empêche de respirer. Un océan entre elle et ceux qu'elle aime. Un océan qui noyait les soucis avant qu'ils lui parviennent. 
Presque. Sauf un. Mais n'en parlons pas aujourd'hui. 
Quelques point d'attaches, même de l'autre côté de l'Atlantique. Une amie française, mais c'est pas grave, elle n'a rien à prétendre avec une amie comme ça. Sa correspondante, qu'elle connaissait déjà. Aucune pression, d'aucune part. 
Cela faisait des mois qu'elle n'avait pas pu reprendre son souffle. Et là, tout d'un coup, une énorme inspiration de l'air humide et frais de l'Etat de Washington, Etats-Unis. 
Elle ferme les yeux.
Vancouver, Portland, Seattle. Le lycée, les grands pins qui vous protègent, les montagnes immaculées qui vous toisent. Le son silencieux de la luge dans la neige; le rire de Zoe qui perce le calme feutré des matins blancs, les nuages qui semblent presque outrés de son éclat de joie. Les trois chats qui miaulent tout ce qu'ils peuvent parce qu'ils n'ont aucune autre préoccupation que de manger et de sortir, et peut-être qu'ils ont raison. 
Le ciel bleu myosotis, rare mais superbe. La musique douce dans la vieille titine le matin, le bruit beaucoup trop fort dans notre bolide le soir. 
Le lever de soleil ambré entre les arbres. 
La lumière qui caresse pour réveiller le matin. Ma grande fenêtre, le froid, les chaussettes en pilou-pilou...
La tête austère de Washington sur les billets. Le drapeau, omniprésent, pour te rappeler la chance que tu as d'être ici. 
Les livres en anglais, la vie en anglais. Mais les rires qui n'ont pas de langue.
"Chieftain Proud", le lycée. Une école ou un décor de film ? Les trophées des équipes de football américains, les photos des cheerleaders. La cafétéria exactement comme dans High School Musical. Les instruments qui s'accordent dans la salle d'orchestre, la biologie incompréhensible. Les cours d'histoire dix fois mieux qu'en France. Le déjeuner à 10 heures du matin, à côté des bus jaunes. 
Mais surtout, les gens. Les gens qui ont le droit de tout, le droit de venir en tongs ou même en talons ouverts/chaussettes. Parce que finalement, ça change quoi ?
Les gens qui te parlent s'ils te connaissent et encore plus s'ils ne te connaissent pas. Les gens qui n'en ont rien à faire de qui tu es, comment tu es à l'extérieur, tant que tu souris et que tu t'exclames avec eux "My goooooood that's amazing !!!!!!!" 
Les gens comme ils sont, ou plutôt comme ils veulent être, avec leurs cheveux roses fluos et leurs palmiers sur la tête même si tu es un garçon. Même si tu es homo.  
Les gens qui ne se plaignent jamais, qui s'excusent toujours.
Elle ouvre les yeux. 
Elle n'oubliera jamais, jamais, ces trois semaines qui ne ressemblent à rien d'autres que ce qu'elles sont, comme les américains. Ces trois semaines aux couleurs de la vie là-bas, aux couleurs du lycée.

Jaunes et Violettes !


12 févr. 2018

Presque rien

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Pourquoi est-ce que c'est quand enfin, cela cesse d'empirer que j'ai besoin de l'écrire ?

Ne jamais pouvoir plonger
Dans tes cheveux d'or
Dans ta chemise rose
Dans tes yeux qui nous sondent
Mais qui m'ignorent.

Ne jamais pouvoir caresser
L'ombre grise de ta mâchoire
Tes mains puissantes
Tes épaules dépassant les autres
Y compris mon regard.

Ne jamais pouvoir m'appuyer
Sur ton torse
Sur ton sourire
Sur ton esprit connaissant tout
Sauf le mien.

N'être qu'une ombre,
Silencieuse mais enflammée
Par ta présence qui nous écrase
Et qui marche sur moi
Sans que tu le saches.

Rester impassible
Quand tout devient noir
Et que je m'enfonce
Sans voir le fond
Parce que tu l'aimes
Et que je n'existe pas.

Tout remettre en cause
Même s'il ne me manque presque rien
Mais que ce presque
C'est toi.



Tu n'es presque rien, presque personne.
Mais tu es assez
Pour que le reste n'ait plus d'importance
Et que je me laisse
Engloutir.

25 nov. 2017

Le Grand Tout

https://luquilit.blogspot.com/2017/11/le-grand-tout.html


Comment l'écrire, décrire ? Je ne sais pas, je sais juste qu'il le faut, que j'en ai besoin, parce que c'est si beau, parce que les mots sont les seuls moyens de le dire, d'éclairer. Mon cœur déborde et la fièvre me prend.

Ma dernière obsession en date. Personne n'a vraiment compris pourquoi, ou plutôt, à quel point. Sûrement car parler ne me permet pas de fouiller à l'intérieur, d'atteindre le fond, le vrai, d'arracher les émotions et de tout remonter à la surface. C'est pourquoi écrire est si important.
Voilà, je vais le dire, mais j'ai un peu peur. Je vois déjà mes ami(e)s, parents, lisant cet article, lever les yeux au ciel en souriant, "encore !". Vous ne comprenez pas. Je vais vous expliquer.

Cette obsession, ô grande âme littéraire que je suis (!) c'est une pièce de théâtre, une des plus connues, une des plus appréciées. Cyrano de Bergerac. Un simple nom qui veut dire tant. Je ne peux pas dire que je l'aime, que je l'adore. C'est autre chose, c'est différent. Ces trois petites heures, elles ont réussi à résonner en moi, à trouver un écho quelque-part là-dedans. Je ne sais pas vraiment lequel, mais je sais qu'il existe.

J'ai lu la pièce il y a quelques années, il y a environ trois ans je crois, et à ce moment-là, on peut dire sincèrement que cela m'avait plu. Drôle et émouvant à la fois, j'avais été touchée par l'histoire, les personnages, les belles idées derrière le récit; je me souviens plus précisément de la fin, que j'avais trouvé superbe, et qui avait même réussi à m'arracher quelques larmes, chose très rare pour un texte chez moi.
Et puis l'été dernier (décidément il s'en est passé des choses), le 4 juillet, je suis allée voir au cinéma la retransmission en direct de la version de la comédie française, la mise en scène de Denis Podalydès.

Ça n'a plus jamais été pareil.

Bizarrement, ça n'est pas devenu tout de suite une obsession, même si j'ai été très émue dès le premier visionnage. Je me souviens que quelques jours après j'allais chez ma meilleure amie et que j'étais encore marquée au fer par la représentation. J'aurais adoré aller revoir la pièce mais je n'en avais pas la possibilité, c'est pourquoi mon souvenir s'est adouci. Je refuse de dire estomper, car tout était précis et vif dans mon esprit, disons que ce moment s'était rangé dans une case mémorielle pour se garder à l'abri, mieux se conserver, et que j'avais refermé la boîte afin qu'il ne prenne pas la lumière. 
Et puis, quelques semaines plus tard, ma professeur de français a annoncé que nous allions l'étudier cette année. 
Alors le souvenir a commencé à se sentir trop à l'étroit dans son petit carton, au moment où le cinéma repassait la mise en scène que j'avais vu pendant l'été. J'y suis retournée trois fois en tout et pour tout.
J'ai pleuré à chaque visionnage.
Qu'est-ce qui me tire des larmes, qu'est-ce que je ressens devant le théâtre en général, encore plus devant Cyrano ? Tout, c'est cela qui est magique.
Le rire, le chagrin, l'amour, la pitié et la compassion, l'ironie amère et le conte merveilleux, la petite histoire charmante et la grande fresque tragique.
Ces personnages terriblement humains, atteignant la perfection de l'imperfection de l'âme. La douleur et la douceur, mélangées toujours. 
Mon cœur explose, les larmes jaillissent, petits cristaux d'émotions qui n'expriment pas la moitié de ce que je contient réellement. Je vis plus, plus vite, plus fort, car durant quelques instants, je traverse un condensé de la vie de l'Homme et ce qu'elle a de plus superbe.
Pendant quelques heures, je ne suis plus moi, je suis une pluralité magique et fatale, je suis un Tout. J'aime comme Roxane, je pense comme Cyrano, j'agis comme Christian, ou alors l'inverse, prenez-le dans le sens que vous voulez, je tourne et retourne dans ce trio incroyable, ce système solaire miniature dont l'étoile est le héros à l'âme bien plus grande que son nez.
Je suis vivante, et je respire enfin de ne plus être enfermée à l'intérieur de ce minuscule réceptacle que je suis, je sors, je suis libre ! Libre de n'être qu'une pensée enfin, une pensée qui se coule dans l'univers d'Edmond, qui interchange les émotions au gré des vers, une pensée qui se contente d'embrasser les mots, la beauté d'un rythme, d'une phrase, qui se laisse caresser par un geste de la main, par la poésie qui jaillit de chaque scène.
Je me laisse étreindre par tant de beauté, celle de la réalité et de tout ce qu'elle peut contenir, sans jamais tomber dans la lourdeur. 
Pendant cinq actes, j'inhale une bouffée de Tout, de ce qu'il y a de plus gracieux dans le bonheur comme dans le malheur.
Pendant cinq actes, je suis ailleurs, dans le monde incroyable, unique en son genre, du théâtre. J'oublie le siège, la scène ou l'écran, je m'en vais en voyage. 
Sur la Lune ?