25 nov. 2017

Le Grand Tout

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Comment l'écrire, décrire ? Je ne sais pas, je sais juste qu'il le faut, que j'en ai besoin, parce que c'est si beau, parce que les mots sont les seuls moyens de le dire, d'éclairer. Mon cœur déborde et la fièvre me prend.

Ma dernière obsession en date. Personne n'a vraiment compris pourquoi, ou plutôt, à quel point. Sûrement car parler ne me permet pas de fouiller à l'intérieur, d'atteindre le fond, le vrai, d'arracher les émotions et de tout remonter à la surface. C'est pourquoi écrire est si important.
Voilà, je vais le dire, mais j'ai un peu peur. Je vois déjà mes ami(e)s, parents, lisant cet article, lever les yeux au ciel en souriant, "encore !". Vous ne comprenez pas. Je vais vous expliquer.

Cette obsession, ô grande âme littéraire que je suis (!) c'est une pièce de théâtre, une des plus connues, une des plus appréciées. Cyrano de Bergerac. Un simple nom qui veut dire tant. Je ne peux pas dire que je l'aime, que je l'adore. C'est autre chose, c'est différent. Ces trois petites heures, elles ont réussi à résonner en moi, à trouver un écho quelque-part là-dedans. Je ne sais pas vraiment lequel, mais je sais qu'il existe.

J'ai lu la pièce il y a quelques années, il y a environ trois ans je crois, et à ce moment-là, on peut dire sincèrement que cela m'avait plu. Drôle et émouvant à la fois, j'avais été touchée par l'histoire, les personnages, les belles idées derrière le récit; je me souviens plus précisément de la fin, que j'avais trouvé superbe, et qui avait même réussi à m'arracher quelques larmes, chose très rare pour un texte chez moi.
Et puis l'été dernier (décidément il s'en est passé des choses), le 4 juillet, je suis allée voir au cinéma la retransmission en direct de la version de la comédie française, la mise en scène de Denis Podalydès.

Ça n'a plus jamais été pareil.

Bizarrement, ça n'est pas devenu tout de suite une obsession, même si j'ai été très émue dès le premier visionnage. Je me souviens que quelques jours après j'allais chez ma meilleure amie et que j'étais encore marquée au fer par la représentation. J'aurais adoré aller revoir la pièce mais je n'en avais pas la possibilité, c'est pourquoi mon souvenir s'est adouci. Je refuse de dire estomper, car tout était précis et vif dans mon esprit, disons que ce moment s'était rangé dans une case mémorielle pour se garder à l'abri, mieux se conserver, et que j'avais refermé la boîte afin qu'il ne prenne pas la lumière. 
Et puis, quelques semaines plus tard, ma professeur de français a annoncé que nous allions l'étudier cette année. 
Alors le souvenir a commencé à se sentir trop à l'étroit dans son petit carton, au moment où les cinéma repassait la mise en scène que j'avais vu pendant l'été. J'y suis retournée trois fois en tout et pour tout.
J'ai pleuré à chaque visionnage.
Qu'est-ce qui me tire des larmes, qu'est-ce que je ressens devant le théâtre en général, encore plus devant Cyrano ? Tout, c'est cela qui est magique.
Le rire, le chagrin, l'amour, la pitié et la compassion, l'ironie amère et le conte merveilleux, la petite histoire charmante et la grande fresque tragique.
Ces personnages terriblement humains, atteignant la perfection de l'imperfection de l'âme. La douleur et la douceur, mélangées toujours. 
Mon cœur explose, les larmes jaillissent, petits cristaux d'émotions qui n'expriment pas la moitié de ce que je contient réellement. Je vis plus, plus vite, plus fort, car durant quelques instants, je traverse un condensé de la vie de l'Homme et ce qu'elle a de plus superbe.
Pendant quelques heures, je ne suis plus moi, je suis une pluralité magique et fatale, je suis un Tout. J'aime comme Roxane, je pense comme Cyrano, j'agis comme Christian, ou alors l'inverse, prenez-le dans le sens que vous voulez, je tourne et retourne dans ce trio incroyable, ce système solaire miniature dont l'étoile est le héros à l'âme bien plus grande que son nez.
Je suis vivante, et je respire enfin de ne plus être enfermée à l'intérieur de ce minuscule réceptacle que je suis, je sors, je suis libre ! Libre de n'être qu'une pensée enfin, une pensée qui se coule dans l'univers d'Edmond, qui interchange les émotions au gré des vers, une pensée qui se contente d'embrasser les mots, la beauté d'un rythme, d'une phrase, qui se laisse caresser par un geste de la main, par la poésie qui jaillit de chaque scène.
Je me laisse étreindre par tant de beauté, celle de la réalité et de tout ce qu'elle peut contenir, sans jamais tomber dans la lourdeur. 
Pendant cinq actes, j'inhale une bouffée de Tout, de ce qu'il y a de plus gracieux dans le bonheur comme dans le malheur.
Pendant cinq actes, je suis ailleurs, dans le monde incroyable, unique en son genre, du théâtre. J'oublie le siège, la scène ou l'écran, je m'en vais en voyage. 
Sur la Lune ?



Billets doux :

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